Historique du monastère

La fondation du premier monastère de l’Ordre de Sainte Claire à Mur de Barrez en Rouergue.

Mur de Barrez, l’une des plus importantes châtelleries du Carladez, subit, aux XIVème et XV siècles, les assauts des anglais, puis les guerres de religion au siècle suivant.

Un Hôtel Dieu fut construit en 1555, géré par les Recollets, pour abriter les pauvres et les pèlerins de passage. l'Église, érigée en collégiale en 1546, fut en partie démolie par les Protestants. Enfin, en 1620, le roi Louis XIII, sous l'action de Richelieu, décida de faire raser le château, résidence d'été des vicomtes de Carlat, donc des comtes de Rodez. Il céda alors à Honoré II de Grimaldi, Prince de Monaco, la vicomté de Carlat par le traité de Péronne du 24 septembre 1641, en compensation de terres qu'il avait perdues dans le royaume de Naples et le Milanais.

Mur de Barrez, depuis longtemps, désirait avoir un établissement d'instruction pour les jeunes filles : une première demande avait été faite, sans succès, auprès des Clarisses d'Aurillac. L'offre généreuse d'un gentilhomme du Carladez, François d'Humières, écuyer du roi, seigneur de la Calsade, époux de Marguerite de Rastinhac, permit la création d'une communauté de Clarisses dans le bourg. Pour cela, il fera : « don à perpétuité d'une maison scise en la présente ville au faubourg d’icelle, qui contiendra : chapelle, choeur, parloir, cuisine, cave, chambres et toute habitation nécessaire et suffisante pour l'usage de la famille naissante, ensemble le jardin, comme aussi la chapelle et meubles nécessaires, et les dites religieuses de tous meubles aussi, à elles mêmes nécessaires pour l'entretien dudit établissement et autre ce dessus, de leur fournir et assigner en bons fonds et payer la somme de deux cents livres de revenu annuel et perpétuel .. ez quelles deux cens livres de revenu annuel il assigne dès à présent aux susdites dames les cens et rentes à luydeubs pour cause de la Seigneurie d'Espalivet en la paroisse de Brommat ... et le restant de la somme, ledit sieur de la Calsade soit pour le revenu ou pour le principal sur le domaine de Mayrinhac appartenant à la demoiselle de Rastinhac, sa femme ». (archives du monastère. Un tricentenaire (1653 1953))

Il ajoute qu'il ne prétend à aucune contribution ni secours des habitants de la ville, si ce n'est l'affranchissement du sol de la taille que les religieuses « acquérront en propriété pour faire ledit couvent et parce que ce sont des offices qui aboutissent à la gloire de Dieu ». (en date du 8 août 1653). Les bourgeois de la ville acceptent bien volontiers ... Ils ajoutent « à la charge aussi qu'elles obtiendront, préalablement, le consentement et approbation de Monseigneur le Révérendissime évêque de Rodez en la forme requise ». Mgr Hardouin de Perefixe, évêque de Rodez, donna son approbation par un document signé à Cougousse le 29 décembre 1653.

     Arrivée des Clarisses à Mur de Barrez

Le 14 mars suivant, vers 8 h du matin, le Doyen du Chapitre collégial, Jean Dumonteil, envoyé par l'évêque de Rodez, accueillait à la porte de la Berque, les trois religieuses de l'Ordre de Sainte Claire: Dames Gabrielle, Marguerite et Françoise d'Humières, toutes trois soeurs du fondateur, dont une au moins venait du monastère d'Aurillac. Trois autres postulantes: Antoinette, Marie et Madeleine seront les propres filles de François d'Humières, reçues ensemble le 11 août 1656.

Une procession de prêtres, de chanoines du Chapitre collégial, suivis des officiers, consuls et habitants de la ville escorta les trois Clarisses jusqu'à l'église collégiale en chantant le Veni Créator. Après la messe, la procession reformée les conduisit à la chapelle du couvent. Soeur Gabrielle d'Humières donna son consentement pour être nommée supérieure. L'instant d'après était chanté le Te Deum d'action de grâce.

Cette communauté naissante dut s'installer au centre ville dans la maison dite de Montamat, maison donnant dans la grand'rue et sur la rue de la Parro, le monastère n'étant pas prêt.

     Vie et rayonnement du monastère.

Les documents sont muets sur le rôle spirituel des Clarisses à cette époque. Seule une délibération de notables, appuyant chaudement la demande de lettres de confirmation du monastère, adressée au roi Louis XV, le 8 août 1734, fait état des services rendus : « chaque habitant y a trouvé l'éducation de ses filles et plusieurs y ont trouvé leur établissement, laquelle éducation et établissement auraient été ruineux aux unes et impossible aux autres, n’y ayant pas d'autre maison de religieuses à quatre lieues à la ronde, chacun a trouvé dans celle ci, un entier désintéressement et un soing particulier pour l'éducation des filles au travail, aux bonnes moeurs et aux principes de la vertu et de la religion. Les (Dames Religieuses) sont encore utiles par les aumônes qu'elles répandent journellement aux nécessiteux et pauvres honteux, par le soing qu'elles prennent de les soulager dans leurs maladies et leurs infirmités, en leur envoyant tous les remèdes et médicaments dont ils ont besoing... »

Plusieurs lettres furent adressées par le roi au monastère en 1743, en 1751 et en 1755, les Lettres Patentes, données à Versailles, datées de décembre 1755 et signées de la main du roi Louis XV.

De nombreuses postulantes, issues des meilleures familles du pays, se pressèrent à la porte du monastère, si bien que l'on comptait, peu après, trente sept religieuses ; les Supérieures se nommaient, en 1726, Antoinette de Verdier puis Madeleine d'Escorailles.

En 1768, dans le registre des délibérations municipales, il est question d'un échange de terrains entre la ville et le monastère et d'un patus que les religieuses désiraient acquérir pour y construire un parloir... En 1771, le monastère comptait 40 Soeurs...

     la tourmente révolutionnaire

En 1789, la révolution est devenue persécutrice : les biens du clergé confisqués, les prêtres contraints au serment envers la république, la constitution civile du clergé votée sans l'accord de l'Église et du Pape et bientôt les voeux monastiques abolis et les prêtres non assermentés emprisonnés.

Le 3 juillet 1790, devant le conseil municipal de Mur de Barrez, assemblé dans la maison commune, a comparu Bourran, prêtre chargé de l'aumônerie des religieuses. Étant arrivé à la chapelle pour la messe de bon matin, il demanda au clerc de sonner la messe, de préparer les ornements, l'hostie et le vin, mais ce dernier refusa. Le sieur Bourran dut y suppléer. Alors les religieuses partirent du choeur, firent du bruit avec les portes et les chaises et, durant l'action de grâce du prêtre, lui adressèrent des injures derrière la grille du cloître. La Soeur tourière, Jeanne Pouilhès, le somma de rendre la clé et le poussa avec violence hors de la chapelle.

Quelques épisodes de la lutte au couvent de Sainte Claire méritent d'être signalés. Le 17 février 1791, sous la présidence du Maire, Bernardin de Montheil, selon la nouvelle loi, l'élection de la Supérieure et d'une économe eût lieu ; Soeur Saint Jean fut élue Supérieure. Les trente religieuses (leurs noms sont encore connus) et la Soeur tourière déclarèrent leur intention de continuer la vie religieuse.

Le 29 juillet 1791, le conseil municipal, assisté de M. Duverdier, Procureur de la commune, décide la fermeture de l'église. La remise des clefs a lieu le 31 juillet. Il est vrai que les religieuses avaient refusé de renoncer à leur vie monastique. Chassées, elles se retireront dans leurs familles, à Mur de Barrez même et dans les environs. Toujours suspectes, elles devaient périodiquement se présenter au contrôle de l'autorité civile. Parmi elles, Catherine Marie Romaine de Montheil, se réfugia chez Melle de Malcor. Thérèse Caldaguès, se dévoua à l'enseignement dans la petite paroisse de Cussac.

Le monastère allait lui même subir de longues années d'épreuves : le 22 août 1792, la municipalité envisage d'acheter le couvent pour en faire une maison commune avec caserne et prison. Après inventaire des effets contenus dans le couvent, la pierre sacrée de l'autel fut retirée par le maire et remise à l'église principale. Le four à pain devient four communal. Plusieurs documents attestent que le monastère servit de prison (février 1794), des barreaux furent posés aux fenêtres. La tradition orale assure que, dans la cave actuelle, existaient alors un ou deux cachots dans lesquels furent enfermés des prisonniers. Un banc de pierre maintenant démoli était appelé « le banc des prisonniers ».

En 1797, un notaire public, Gabriel Pailhès, envisagea d'utiliser les locaux du couvent comme bureaux, salles et autres aisances comme école primaire, gendarmerie... mais, très rapidement, le bâtiment va se dégrader par défaut d'entretien: vols, pillages, jusqu'aux planches de cellule et ferrures de contrevents. Mis aux enchères, il est racheté en 1805 par la mairie pour servir de local pour tenir ses séances et ouvrir une école secondaire dont on confia la direction à M. Corneille. Ce collège connut des années de prospérité ; le Révérend Père Robert, fondateur de l'hospice de la Devèze, fut un des élèves. Le 18 août 1809, à 10 heures du soir, un incident imprévisible vint modifier le destin du collège. La foudre tomba sur le toit et provoqua un terrible incendie : M. Paul Duverdier, Maire de Mur de Barrez, rassembla en un demi-quart d'heure, tous les habitants et la garde nationale qui, rapidement, avec de l'eau, des draps mouillés, réussirent à contenir les flammes. Un seul pensionnaire périt, le directeur et les professeurs du collège y perdirent tous leurs habits, linge et provisions. Les frais de réparations furent couverts par des souscriptions et une imposition extraordinaire sur le canton, mais le collège ne retrouva pas sa prospérité; il déclina peu à peu , devint simple pensionnat puis école primaire.

Vers 1840, l'ancien monastère servait de local pour la justice de paix et de maison communale pour les élections et le tirage au sort.

     Retour des Clarisses au couvent de Mur de Barrez

Le monastère avait subi de nombreuses déprédations durant ces années d'abandon ; la tour d'angle n'avait pas été reconstruite après le terrible incendie de 1809. Toutes les propriétés des Clarisses avaient été emportées dans la tourmente révolutionnaire.

En 1840 meurt Mademoiselle Louise Félicie Belmon de Malcor : elle lègue, par testament , 30 000 Francs en vue d'établir un pensionnat de jeunes filles, tenu par des religieuses cloîtrées de l'Ordre que son exécuteur testamentaire jugerait convenable. La mairie, propriétaire des bâtiments (ancien collège), dressa un inventaire en 1846 puis en 1850 ; il fut demandé aux Clarisses d'Aurillac de reprendre leur ancienne fondation. Elles ne purent accepter. Plusieurs autres congrégations, la Sainte Famille de Villefranche, puis les Dames du Sacré Coeur de Paris furent sollicitées et refusèrent la même offre.

Les religieuses de la Visitation, à qui un décret de Napoléon III du 13 avril 1859 reconnaît le droit au legs et à l'établissement du pensionnat, acceptèrent l'offre. Elles assumèrent l'énorme tâche de réparations indispensables, mirent en état la toiture, rehaussèrent d'un étage une partie du bâtiment ... Elles ouvrirent leur pensionnat en 1861 sans grand succès et renoncèrent à cette expérience en 1868, tout en demandant aux Clarisses d'Aurillac, appuyées par Mgr Delalle, évêque de Rodez, de venir rétablir le monastère fondé par elles, 215 ans plus tôt.

Il y avait 28 ans que Melle de Malcor était décédée. Le 30 août 1868, l'évêque de Saint Flour, ayant donné son accord, la très Révérende Mère Saint Ambroise, Supérieure de la communauté choisit quatre Soeurs, parmi les Clarisses dAurillac, dont Soeur Véronique. Celle ci fut élue Abbesse. Soeur Claire, venue du monastère de Lavaur, se joindra à elles. Elles arrivèrent à Mur de Barrez le 22 octobre 1868, accueillies avec bienveillance par les Soeurs Visitandines qui restèrent encore huit jours pour régler leur mutation.

Le triennat de Très Révérende Mère Sainte Véronique, Supérieure déléguée parvint à son terme le 17 septembre 1871. L'évêque de Saint Flour lui demanda de revenir à Aurillac, mais il semble bien qu'elle n'en fit rien car l'année de sa mort en 1908 (elle avait alors 82 ans), elle était encore en charge de la communauté de Clarisses de Mur de Barrez.

Voici ce que dit la chronique à son sujet: « Première Abbesse de cette maison, elle l'a dirigée et soutenue pendant 40 ans, soit comme Abbesse, soit comme vicaire. Elle eut beaucoup à souffrir au début de la fondation pour le spirituel et le temporel. La communauté était desservie par les prêtres de la paroisse qui ne pouvaient, magré leur bonne volonté, assurer un service régulier; et ce ne fut qu'en 1890 que leur fut donné le premier aumônier, M l'Abbé Bertrand.. »

La fondation de Mur de Barrez resta pendant 27 ans dépendante du monastère d'Aurillac qui lui fournira les Supérieures et les religieuses ainsi que les moyens nécessaires pour vivre. Les prises d'habit se succédèrent à partir de 1886. En 1895, survint un événement de grande importance : l'érection canonique du monastère de Mur de Barrez, et donc son autonomie totale vis à vis d'Aurillac avec ses conséquences financières.

La loi de 1901 sur les associations : un régime d'exception pour les congrégations religieuses.

Cette loi assurait la liberté complète à toutes les associations sauf les associations religieuses et les congrégations. Celles ci devaient présenter, aux autorités civiles, la liste complète de leurs membres ainsi qu'un inventaire détaillé de leurs biens. En 1902, une nouvelle loi leur enleva tout droit d'enseigner.

A Mur de Barrez, le liquidateur se présenta au monastère pour effectuer l'inventaire des biens. En fait le mobilier avait déjà été déménagé chez des amis du couvent par les religieuses qui dormaient à même le plancher.

Guidée par l'aumônier, le Père Cros, et par les héritiers de Melle de Malcor, Mère Véronique refusa de se soumettre à la loi sur les congrégations. Plusieurs procès s'ensuivirent. Une protestation de l'un des héritiers, M Pierre Montheil de Septfons, permit enfin que le monastère restât aux mains des Clarisses (jugement de la Cour d'Appel du 16 juin 1913). Seule la maison Vayrez revint à l'administration des Domaines, estimée à 3 000 francs, puis mise aux enchères pour 2 000 francs, elle fut rachetée, le 10 juin 1914, sous le nom de M. de Septfons.

Cette persécution religieuse dura jusqu'en 1924. A partir de 1931, une évolution très sensible se dessina dans la communauté à la faveur de l'adoption des constitutions générales présentées par le Saint Siège. L'adoption de la première Règle de Sainte Claire, avec la pauvreté en commun, lui fut concédée par un indult le 22 septembre 1952.

     Les Clarisses vivent une dure période après 1945.

« Soeur Cécile, témoin au procès de canonisation, dit ensuite qu’un jour les soeurs n’avaient plus qu’un demi-pain, l’autre moitié ayant été donnée aux frères qui demeuraient dehors. Alors madame Claire commanda à soeur Cécile, la réfectorière de faire cinquante tranches de ce demi-pain, puis de les servir aux soeurs qui étaient à table. Le témoin répondit : “Pour tirer cinquante tranches de cela, il faudrait le miracle des cinq pains et des deux poissons !” A quoi madame Claire répliqua : “Va, et fais comme je t’ai dit !” Et le Seigneur multiplia ce pain de telle manière qu’on en eut cinquante morceaux bons et gros, comme sainte Claire l’avait ordonné. » (Pr 6, 16)

En ce demi-siècle, les changements dans la vie des hommes s’accélèrent de plus en plus. Toutes proportions gardées, il en est de même dans la vie des Clarisses. Vers 1945 un afflux de vocations pose des problèmes de logement. La bâtisse paraît grande mais, pour loger 32 Soeurs qui ont besoin non seulement d’une cellule mais d’ateliers de travail et de lieux de vie dans leur clôture, c’est insuffisant. Un autre problème, c’est la précarité des ressources. Les Soeurs font des raccommodages et de la broderie : de longues heures de travail qu’elles n’osent faire payer à leur juste valeur. Les années qui suivent la guerre sont très difficiles. Sans négliger la prière, les soeurs travaillent avec acharnement, même la nuit. Malgré cela, la situation s’aggrave. On n’arrive même plus à payer le pain. Une soeur se souvient, qu’étant encore novice, elle a vu pleurer sa Mère Abbesse, dans l’angoisse de ne pouvoir nourrir les soeurs, dont plusieurs jeunes de santé précaire. Que faire ? C’est à ce moment-là que 2 volontaires se lèvent pour aller quêter : Sr Anne Marie et Sr Marie de la Nativité, d’heureuse mémoire. Contrairement à beaucoup d’autres monastères, la quête n’avait jamais été pratiquée par celui de Mur de Barrez. Courageusement les 2 soeurs partent à l’assaut de la capitale pour y retrouver les Aveyronnais. Ceux-ci se montrent généreux et ainsi la communauté, sauvée de la misère, peut vivre décemment et faire quelques réparations.

Le choeur en 1953

Les soeurs en 1970

Les soeurs en 1971

     Usages et coutumes

« Lorsque la très sainte Mère envoyait au dehors les soeurs quêteuses, elle les exhortait à louer Dieu chaque fois qu’elles verraient de beaux arbres fleuris et feuillus ; et elle voulait qu’elles fissent de même à la vue des hommes et des autres créatures, afin que Dieu soit loué pour tout et en tout. » (Pr 14,9)

Pendant des siècles et jusqu’à la guerre de 1939-45, le mode de vie des Moniales n’avait guère évolué. Une grande austérité, la pénitence et la “fuite de ce monde” aiguillonnaient leur ferveur. Les jeunes, qui arrivaient dans les années 1945-50, découvraient des soeurs qui n’avaient jamais vu une auto ni une bicyclette (il ne fallait surtout pas regarder par la fenêtre sous peine de “perdre le recueillement”). Elles n’avaient jamais quitté l’enceinte du monastère depuis 50 ans et plus. En ce temps-là, on n’allait pas voter. Le médecin venait soigner sur place et le dentiste venait arracher les dents ! On ne se plaignait pas et souvent la maladie n’était découverte qu’à la dernière extrémité. Quand une jeune franchissait la porte du monastère, elle savait que, plus jamais elle n’embrasserait ses parents. Elle ne pourrait désormais les voir qu’à travers une double grille qui interdisait même de se toucher les mains. Tout était pour le Seigneur et pour “sauver les âmes”. Mais le Concile Vatican II pointe à l’horizon. On n’est plus au temps où une petite fille, qui était venue voir sa “Tante Soeur” au parloir, se blottissait contre sa maman en lui demandant tout bas : “est-ce qu’elles mordent ?”

La Mère Abbesse doit traiter en « Chapitre » de tout ce qui regarde l’utilité et le bien du monastère, et cela avec toutes les Soeurs, « car souvent, c’est à la plus petite que le Seigneur révèle ce qu’il y a de mieux à faire. » (Regle de Sainte Claire, chap 4, verset13)

Les usages et coutumes étaient immémoriaux, le moindre changement était toute une affaire ! Toutes les semaines avait lieu un “Chapitre communautaire” où toute la communauté rassemblée se tenait dans une salle spéciale, accordée à la solennité de l’exercice. L’Abbesse seule parlait, exhortait, enseignait, réprimandait, pendant un temps plus ou moins long selon sa personnalité propre. Les Soeurs, elles, n’avaient la parole que pour s’accuser de leurs manquements, dans le style stéréotypé de l’époque. Après le Concile tout changea. L’Abbesse donna la parole, posa des questions, incita les soeurs à répondre. On le fit d’abord par écrit, de façon anonyme, mais petit à petit on apprit à se parler, à exposer ses idées. Tout ce qui paraît évident de nos jours, demandait un apprentissage. Rome invita les monastères de Contemplatifs à mettre à jour leurs Constitutions. Ce fut un travail de quelques années. Et, pour le coup, les discussions devinrent très animées et même passionnées. Les innovations furent mises aux voix mais on “laissa le temps au temps”. On attendit un certain consensus. Les évolutions ne se font pas en un jour ! Quand une chose était décidée par une grosse majorité, on laissait libre la minorité d’appliquer ou pas. - quand on enleva la grille de 2 parloirs sur 3, les Sœurs qui tenaient aux grilles, pouvaient aller dans le 3ème parloir. Mais quand les familles se présentèrent, toutes les Soeurs, sans exception, voulurent faire profiter la leur d’un parloir sans grille ! la 3ème tomba donc sans tarder ! - la même chose pour l’habillement. Un tissu d’habit très lourd (la bure), une guimpe très enveloppante, furent abandonnés par la plupart des Soeurs sans que cela pose de problèmes. “On était libre” d’adopter ou non les changements dans le respect des sensibilités.

- il y avait tous les jours des prières de dévotion qui s’ajoutaient à “l’Office divin”, prière officielle de l’Eglise (le bréviaire). Peu à peu on allégea, et on se concentra sur l’Office qui était chanté en grégorien (latin). La décision fut prise de passer petit à petit au français. Cela demanda aux Soeurs beaucoup d’efforts et de temps pour apprendre les nouvelles mélodies, mais quelle joie de pouvoir prier et chanter dans sa langue maternelle ! Cela n’enlève rien à la beauté du grégorien qui reste le chant de l’Eglise Universelle et dont les Soeurs ont conservé quelques pièces.

     Les Pénitences corporelles

« Que l’abbesse veille à pourvoir chacune de vêtements selon les tempéraments des Soeurs, selon les lieux, les saisons, les régions froides, dans la mesure où cela paraîtra nécessaire.» (Regle de Sainte Claire, chap 2, verset 11)

L’accent était mis fortement sur cet aspect. Il y avait une espèce d’émulation dans ce sens. Dans tous les couvents cela paraissait le grand moyen de prouver son amour de Dieu et de “gagner des âmes”. Le retour aux sources, l’étude des écrits de Saint François et Sainte Claire, les Saints fondateurs de l’Ordre, firent prendre conscience aux Soeurs que là n’était pas l’essentiel. En effet, ils insistaient surtout sur la vie selon l’Evangile, la prière, la pauvreté et la vie fraternelle. L’accent fut donc remis sur ces valeurs primordiales enseignées par le Christ : la vie en Dieu et le combat spirituel, tout aussi méritoires mais moins visibles. Le jeûne fut donc adouci, ainsi que l’austérité de la vie quotidienne. En hiver, la maison, exposée aux furieux vents du Nord, était glaciale. L’eau gelait dans les cuvettes des cellules et, le matin, des cristaux ornaient les murs. Les Soeurs étaient invitées à arpenter les couloirs quelques minutes avant de se coucher pour essayer d’emmagasiner un peu de chaleur. Grâce à la générosité d’une famille, le chauffage fut installé à Noël 1962. Il fut accueilli avec d’autant plus de joie qu’un froid polaire sévissait à ce moment-là. Les Soeurs qui avaient encore quelques scrupules, en furent vite guéries !

     Détente et approfondissement personnel

La détente, une notion impensable jusque là dans un couvent, devient quelque chose de nécesaire et légitime. La santé et l’équilibre de la personne sont pris en compte. C’est en 1976 que les Soeurs partent, dans la montagne, à la recherche d’un buron qu’on voudrait bien leur prêter, pour des petits séjours d’ermitage dans la tradition franciscaine. Et elles le trouvent ! Au printemps et à l’automne, quand le travail est moins pressant, elles y vont 2 par 2, passer une semaine : séjour tellement bienfaisant pour l’âme et pour le corps, pour mieux reprendre ensuite la vie fraternelle. Plus tard, un poste de télévision leur est offert. Les informations, de temps en temps, et une vidéo, le dimanche, leur permettent de garder les yeux ouverts sur le monde. Des sessions d’étude sur l’Ecriture Sainte et d’autres sujets leurs sont proposées. Les journaux circulent en communauté, les Soeurs sont maintenant informées.

     Les monastère des Clarisses s’organisent en fédérations

Déjà avant 1940, on lit dans les chroniques qu’il y avait un début de correspondance entre les Abbesses de quelques monastères. Celui de Mur de Barrez était si pauvre qu’il ne pouvait faire venir un prédicateur pour la retraite. Là, ce sont les Clarisses de Paris qui envoient une aide pour payer les frais, nous sommes en 1926. Plus tard, en 1930 c’est une toiture à réparer d’urgence. Cette fois ce sont les monastères de Paris et de Lourdes, plus le Cardinal Verdier (enfant du Pays) qui payent l’addition. Les Clarisses comprennent la nécessité de sortir de leur isolement et pendant quelques années, les échanges épistolaires permettent de mieux se connaître. En 1950-1951, on ose commencer à se déplacer. Les Abbesses vont visiter l’un ou l’autre monastère. Elles y découvrent des choses positives et intéressantes et des liens d’amitié se créent. C’est à cette époque que le Pape Pie XII lance l’idée des Fédérations de monastères pour les inciter à l’ouverture, à l’entraide, ainsi qu’au travail justement rémunéré. Il faut dire que beaucoup vivaient seulement de dons. En conséquence ceux des villes étaient favorisés par rapport à ceux des campagnes. Mur de Barrez, conduit par son Abbesse, Mère Marie Véronique Delaporte, avait déjà noué des liens assez forts avec 3 ou 4 monastères. Quand le mouvement fut engagé officiellement, la communauté y entre sans hésiter. On s’entraida surtout pour la formation, et des sessions communes furent organisées. C’est ainsi que l’on vit des Clarisses et autres Moniales prendre le train pour Paris avec, au début, leurs lourds et larges habits de bure, ce qui leur valut quelques aventures dans les escaliers roulants, que l’on raconte encore !

     Liens avec la population

Ils sont excellents et très amicaux. Les Soeurs Clarisses participent à la vie de l'église et de la cité, par l'assistance aux fêtes religieuses, pèlerinages à Notre Dame de Lez, tous les étés, participation à l'érection de la paroisse Notre Dame en Barrez en 2001... Elles sont représentées, lors des manifestations festives et cérémonies officielles de la ville. Elles ont un rôle social moins connu : accueil, écoute et partage avec les personnes en difficulté, les gens de passage... Des dons divers, meubles, vêtements, jouets leur sont remis ; elles les entreposent dans un bâtiment et se chargent de les faire acheminer vers les Scouts de Cluses ou la communauté d'Emmaüs. Les fidèles qui assistent à la messe du dimanche matin à 8 h 30 à la chapelle du monastère apprécient beaucoup les chants des religieuses et l'exégèse des textes sacrés que présente leur aumônier, le Père Boutary. Quelques mariages et baptêmes sont parfois célébrés dans cette même chapelle.

     Les Clarisses ont aujourd'hui des lieux de vie, de méditation et de prière.

Les bâtiments, après tous les événements du XVIIIème et du XIXème siècle, ont retrouvé leur destination première grâce aux dons et aux travaux entrepris.

La maison Redouly, bâtie en 1855, est devenue en 1930 la propriété du monastère et, selon le voeu de sa légataire, la demeure de l'aumônier. La salle St Antoine, auparavant maison et garage achetée en 1957, a été destinée, après modifications, aux réunions paroissiales, au catéchisme des enfants...

En 1960, le monastère s'enrichit d'un petit cloître intérieur, en 1978, un petit oratoire, « la poustinia », est installé au 2ème étage, certains locaux sont peu à peu transformés pour accueillir plus largement les familles et les personnes en quête de détente et de ressourcement.

La chapelle, construite en 1675, dépouillée à la Révolution de son retable, a été progressivement décorée.

Depuis Vatican II, l'autel, sculpté dans un bloc granitique, permet de dire la messe face au public; il a été mis en place au prix d'efforts laborieux et consacré le 24 octobre 1975.

La chapelle s'est enrichie récemment d'un chemin de croix et de trois médaillons représentant la Vierge Marie, Sainte Claire et Saint François, peints à l'ancienne par Catherine Perche.

Chapelle en 1928

Chapelle en 1939

     En route vers l’avenir.

La plus grande de toutes les grâce que nous avons reçues et que nous recevons chaque jour de notre Bienfaiteur ... c’est notre vocation ... (Test p111)

Les années ont passé. Comme on l’a vu, les choses ont évolué tant au niveau matériel que spirituel. Mais les Clarisses sont toujours là, génération après génération. Elles viennent des 4 coins de France et d’ailleurs, ayant reçu le don unique de l’appel du Christ. Ce don va s’épanouir et s’accomplir au fil des jours et des années, avec des Soeurs, à la suite de François et de Claire, dans un espace de silence, d’écoute de la Parole, de respect, de liberté, de compréhension mutuelle et de partage de responsabilité. Elles chantent la louange du Dieu amour, du Dieu vivant et vrai. Elles adorent celui qui est le “Souverain Bien”. Elles intercèdent pour le monde dans une prière communautaire et ecclésiale, une prière personnelle et silencieuse, une prière partagée. Elles vivent ensemble en communauté, réalité dont Dieu est la Source et Jésus-Christ, le Coeur. Réalité qui vit à l’intime de chacune et la dépasse infiniment. Ouverte sur le monde, leur vie est toute simple : aimer, s’émerveiller, se laisser saisir par Dieu et conduire par l’Esprit, dans un cadre sobre et dépouillé mais beau. Chemin long et difficile mais source de joie profonde et exaltante.

Cette communauté vit une mission essentielle : accueillir et donner l’Amour, être un espace de prière pour tous, parents, amis proches ou lointains, hôtes d’un temps ou passants meurtris qui ont besoin de retrouver la Source.



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 Les soeurs Clarisses – Monastère Sainte Claire – 12600 Mur de Barrez - www.steclairemur.org