Neuvaine saint François 2013 Recevoir les méditations  


Introduction

En cette année de la foi, nous allons suivre un petit parcours de catéchèse avec François. Nous verrons comment pour François la foi, c'est quelque chose de vivant, et plus encore de vivifiant puisque c'est la rencontre avec une personne, Jésus Christ Seigneur, une relation d'amitié très forte avec Lui, un chemin sur lequel François souhaite entraîner le plus de monde possible parce qu'il sait que c'est un chemin de vie et de bonheur. Alors, en avant !



Mercredi 25 septembre

« Dieu souverain et glorieux, illumine les ténèbres de mon cœur ; donne-moi une foi droite, une espérance ferme, une parfaite charité ; donne-moi, Seigneur, compréhension et connaissance, afin que j'accomplisse ta sainte et véritable volonté. » (Prière de François devant le crucifix de saint Damien)


Quelle plus belle prière pour commencer une neuvaine ?! Ce Dieu avec lequel François nous invite à cheminer est certes le Très Haut, il semble inaccessible. Mais François nous précède dans cette relation avec le Seigneur, et nous appelle à oser nous faire mendiants, sans crainte, confiants. Notre cœur, le centre de notre personne, est dans les ténèbres : il ne se connaît pas bien lui-même, il ne connaît pas bien Dieu, il ne connaît pas bien le chemin de la vie. Mais si je le Lui demande, le Seigneur peut me donner :

Une foi droite : pour saisir peu à peu cet Amour qu'Il veut me donner dans une telle démesure.

Une espérance ferme : pour ne pas chanceler devant tout le mal, la souffrance, la dérision qui nous entourent aujourd'hui.

Une parfaite charité : l'Amour qui vient de Dieu d'abord, le seul parfait, amour sans lequel mon propre amour ne va pas bien loin, ni pour Dieu ni pour mes frères !

Compréhension et connaissance : pas seulement l'intelligence (compréhension) mais aussi l'expérience quasi concrète (connaissance) de qui est le Seigneur qui nous appelle.

Avec ces 5 pains (que je peuxdoisdemander chaque jour!), je suis équipé pour me mettre en route et chercher la volonté du Seigneur, qui, même si elle coûte parfois/souvent, est le chemin de la vie !


Jeudi 26

«Dieu tout-puissant, éternel, juste et miséricordieux, nous sommes misérables, mais toi, à cause de toi-même, donne-nous de faire ce que nous savons que tu veux et de vouloir toujours ce qui te plaît. Ainsi, intérieurement purifiés, illuminés et embrasés par le feu du Saint Esprit, nous pourrons suivre les traces de ton Fils bien-aimé, notre Seigneur Jésus Christ. Par ta seule grâce, nous pourrons alors parvenir jusqu'à toi, Très Haut, qui en Trinité parfaite et en simple Unité, vis, et règnes, et reçois toute gloire, Dieu tout-puissant, pour tous les siècles des siècles. Amen. » (Lettre à tous l'Ordre 50-52)


Quelques mois avant de mourir, ayant découvert ce qu'était la volonté du Seigneur, François nous partage, sous forme de prière, le chemin qu'il a parcouru. Et quel chemin ! Le but ? Rien de moins que de parvenir au Dieu Trinité ! Trinité et Unité vont toujours ensemble chez François. Oui, trois personnes différentes, chacune elle-même, distincte des autres, dans le respect. Mais à l'intérieur d'une simple unité. Chez l'homme, altérité et unité sont souvent en opposition, en tension du moins. En Dieu Trinité, au contraire, c'est une merveilleuse harmonie. François nous présente un modèle et aussi un appel pour toutes nos relations humaines. Mission impossible pour nous qui sommes « misérables » ? Oui, l'abîme qui nous sépare de Dieu es t tout à fait infranchissable si nous restons centrés sur cette misère qui est la nôtre. Mais à cause de Dieu, par ce qu'il est, par sa « seule grâce », son amour, c'est possible. L'homme, s'il se laisse travailler, transformer par l'Esprit, peut suivre les traces du Christ, les seules qui mènent à la Vie. Nous ne sommes pas condamnés à l'enfermement sur notre misère, notre médiocrité, parce que Dieu nous ouvre un chemin et nous permet d'accéder jusqu'à Lui ! En avons-nous le désir ?



Vendredi 27 Pour suivre ses traces, contempler le Fils dans son Incarnation ...

« Ce Verbe du Père, si digne, si saint, si glorieux, le Très Haut Père céleste l'a annoncé par le saint ange Gabriel à la sainte et glorieuse Vierge Marie et dans son sein, il a réellement reçu la chair de notre humanité et de notre fragilité. Lui qui était plus riche que tout, il a voulu avec la très bienheureuse Vierge sa mère, choisir en ce monde la pauvreté. » (Lettre à tous les chrétiens 4-5)


François croit en Dieu qui s'est fait homme, qui a vraiment pris notre chair, une chair fragile. Devant ce mystère de l'Incarnation, il est plein d'admiration, de vénération. Quel grand écart entre cet être céleste et la fragile humanité dans laquelle Il choisit de descendre, entre son immense richesse et la pauvreté dans laquelle Il choisit de vivre ! Pour François, la pauvreté n'est jamais une réalité abstraite. C'est une personne : c'est ce Verbe du Dieu Très Haut qui se fait tout petit, le très bas, tout proche de nous. LIncarnation, ce n'est pas une invitation à devenir des carpettes ! C'est le chemin que Jésus nous trace pour nous faire proches nous aussi des plus petits, pour vivre simplement, dans la sobriété, pour garder nos mains et nos cœurs ouverts et non repliés sur eux-mêmes. Pour devenir enfant avec l'Enfant : les bras tendus pour tout recevoir de Dieu, et tout donner ensuite, comme Lui.



Samedi 28dans l'être humain qui tire de Lui sa dignité

« Considère attentivement, homme, la place éminente où le Seigneur Dieu t'a placé, car il t'a créé et formé à l'image de son Fils quant au corps, et à sa ressemblance quant à l'esprit. Toutes les créatures qui sont sous le ciel servent le créateur, le connaissent et lui obéissent, chacune à sa manière, mieux que toi ; car même les démons ne l'ont pas crucifié, mais toi avec eux tu l'as crucifié et maintenant encore tu le crucifies en trouvant ton plaisir dans les vices et les péchés. De quoi donc peux-tu te glorifier ? (...)» (Admonition 5, 1-4)


Une des conséquence de ce grand mystère de l'Incarnation : la fragile humanité qui est la nôtre a une valeur estimable puisque le Très Haut y descend ! Dans cette admonition, François nous appelle d'abord à contempler notre grandeur, notre dignité, qui nous viennent du Seigneur. Ensuite seulement, il nous rappelle notre misère, notre bassesse. Et là bien sûr, correspondant au cliché de pessimiste qu'on peut lui coller !, il n'y va pas de main morte ! Mais ce n'est pas une raison pour nous laisser aller, pour nous mésestimer, pour dire qu'on est nul et qu'on ne vaut rien ! La vraie humilité, c'est : je suis petit, misérable … etc … MAIS : je suis aimé d'un amour incompréhensible, complètement démesuré ! Voilà la force qui me fait sortir de mes vices et de mes péchés, qui me donne l'élan pour me décentrer de moi-même (ce repli sur moi-même qui me rend malheureux et me détruit!). De quoi je peux me glorifier ? D'appartenir à cet Amoureux fou de moi !



Dimanche 29dans l'Eucharistie, vie livrée

«Voici que chaque jour, le Fils de Dieu s'humilie comme lorsqu'il est descendu de son trône royal dans le sein de la Vierge. Ainsi chaque jour, il vient à nous sous une humble apparence ; chaque jour il descend du sein du Père sur l'autel entre les mains du prêtre. Et comme il s'est montré aux apôtres dans un vrai corps, de même il se montre maintenant à nous dans le pain sacré. Et comme, par les yeux du corps, ils voyaient seulement son corps, ainsi nous-mêmes lorsque nous voyons le pain et le vin avec les yeux du corps, croyons fermement que ce sont, bien réels et vivants, son corps et son sang très saints. De cette manière, le Seigneur est toujours avec ses fidèles, comme il le dit lui-même : voici que je suis avec vous jusqu'à la fin des siècles. » (Admonition 1, 16-22)

Si aujourd'hui, nous ne voyons plus Jésus en chair et en os, Il a cependant pris soin de nous laisser des traces de sa présence parmi nous. François en a découvertes plusieurs, dont l'Eucharistie, vitale pour lui, ici très clairement mise en lien avec le mystère de l'Incarnation. A la crèche comme sur l'autel, le Christ s'humilie, il se fait petit, tout proche, il se penche vers la terre, vers « l'humus », pour se mettre à notre hauteur. Il se donne à nous en nourriture parce qu'autrement, Il le sait, le chemin serait trop rude pour nous (1Rois 19). Nous avons besoin de sa force, de Lui tout entier. Mais Il se présente à nous presque incognito pourrait-on dire. Il nous faut donc un acte de foi pour croire que sous cette « humble apparence », c'est bien du Fils de Dieu, notre Sauveur, qu'il s'agit ! Pour cela, François nous donne une recette, plus haut dans cette même Admonition :  demandons l'Esprit Saint puisque « c'est l'Esprit du Seigneur, qui habite dans ses fidèles, qui reçoit le corps et le sang très saints du Seigneur. » (v.12)



Lundi 30dans sa Passion, sa mort et sa résurrection, par amour pour nous ...

« La volonté du Père fut que son Fils béni et glorieux qu'il nous a donné et qui est mort pour nous, s'offre lui-même par son propre sang, en sacrifice et en victime, sur l'autel de la Croix. Il a fait cela non pas pour lui-même par qui tout a été fait, mais pour nos péchés. Il nous a ainsi laissé un exemple pour que nous suivions ses traces. Il veut que tous nous soyons sauvés par lui et que nous le recevions avec un cœur pur et dans un corps chaste. Mais peu nombreux sont ceux qui veulent le recevoir et être sauvés par lui. Pourtant son joug est doux et son fardeau léger. » (Lettre à tous les chrétiens 11-15)


Contrairement à la spiritualité de son temps, qui insistait très fortement, avec un réalisme sensible, sur les traits de la Passion, François nous parle surtout de ce que désire le Christ en se livrant pour nous. La Croix, ce n'est pas souffrir pour souffrir. François, stigmatisé, ne peut certes pas nier la souffrance de la Croix, du Crucifié, il en fait d'une certaine manière l'expérience dans sa propre chair. Mais lorsqu'il reçoit les stigmates, François est simultanément frappé de douleur mais aussi d'une intense joie. Maso, notre François ? Non, mais il sait, et c'est de cela qu'il se réjouit, que par la Croix, le Seigneur nous manifeste, à son extrême, son amour. Il nous aime jusque là. Jusque là, Il veut que nous soyons sauvés. Oui, c'est encore son amour débordant qui se manifeste là. Ce ne sont pas les souffrances qui nous sauvent, c'est l'amour. Et ce sont ces traces-là que nous devons suivre : aimer, encore, toujours, plus et mieux. C'est douloureux, difficile, nous le savons. C'est un héritage que nous pouvons être tentés de refuser, assez paradoxalement. Demandons alors au Seigneur, par l'intercession de François, de porter avec nous ce fardeau, pour qu'effectivement, nous le trouvions léger, car porté à deux !



Mardi 1er octobresoutenus par la Vierge Marie, et aussi tous ceux qui nous ont précédés

« Sainte Vierge Marie, aucune n'est semblable à toi parmi toutes les femmes nées en ce monde. Fille et servante du Très Haut Père des cieux, Mère de notre très saint Seigneur Jésus Christ, épouse du Saint Esprit, prie pour nous, avec l'archange saint Michel, tous les esprits célestes et tous les saints, ton Fils très saint et bien-aimé, notre Seigneur et notre Maître. » (Antienne à la sainte Vierge, à l'office écrit par saint François)


Pour François, la Vierge Marie est exceptionnelle, on pourrait même penser qu'elle est très loin de nous, d'après ce qu'il nous dit dans sa 1ère phrase. Et en même temps, les 1ers mots de la phrase sont aussi ceux que François adresse à sainte Claire dans la forme de vie donnée aux sœurs (Règle de Claire 6,3). Oui, Marie n'est semblable à personne, mais en même temps elle est de notre race, et elle sait de quoi nous sommes faits ! Elle est donc très bien placée pour prier pour nous, avec aussi les saints qui nous sont donnés. Elle est en lien étroit avec la Sainte Trinité, mais aussi notre Mère, une mère qui sait ce que vit son enfant et qui veut son bonheur. Elle est 'la première en chemin', modèle de la foi pour nous, n'hésitons donc pas à l'appeler, à lui demander son aide.



Mercredi 2conscients de faire partie d'une grande famille

« Très Haut, tout-puissant et bon Seigneur, à toi louange, gloire, honneur et toute bénédiction. A toi seul, Très Haut, ils conviennent, et nul homme n'est digne de te louer.

Loué sois-tu mon Seigneur, avec toutes tes créatures, spécialement messire frère Soleil, par qui tu nous donnes le jour, la lumière ; il est beau, rayonnant d'une grande splendeur, et de toi le Très Haut, il nous offre le symbole.

Loué sois-tu mon Seigneur, par sœur Lune et les étoiles : dans le ciel tu les as formées, claires, précieuses et belles.

Loué sois-tu mon Seigneur, par frère Vent, et par l'air et par les nuages, par l'azur calme et tous les temps : par eux, tu maintiens en vie toutes les créatures.

Loué sois-tu mon Seigneur, par notre sœur Eau, qui est très utile et très humble, précieuse et chaste.

Loué sois-tu mon Seigneur, par frère Feu, par qui tu illumines la nuit : il est beau et joyeux, robuste et fort.

Loué sois-tu mon Seigneur, par notre sœur mère la Terre, elle nous soutient et assure notre croissance, elle produit la diversité des fruits, avec les fleurs aux mille coloris et aussi l'herbe. » (Cantique des créatures 1-9)


Voilà sans doute le texte qui a fait de François le patron des 'écolos' !

On a l'impression d'un texte léger, enjoué, c'est une louange, c'est vrai. Et cependant il faut savoir que François l'écrit dans un contexte de grande souffrance : physique (il est presque aveugle, ses yeux le font terriblement souffrir, tout comme son corps tout entier) et psychologique (l'Ordre a beaucoup de mal, c'est un doux euphémisme, à rester dans le chemin tracé par François). On est donc loin d'une promenade bucolique, au charme tout romantique !

Et malgré tout, c'est là que François va écrire cette louange au Très Haut, tout-puissant mais en même temps bon Seigneur – toujours cette double face de son Seigneur, tout autre et si proche. Car c'est bien le Seigneur qui est au centre de ce cantique, c'est Lui qui est loué. POUR les créatures (c'est l'homme qui serait au centre et qui loue Dieu, qui lui rend grâce pour sa création). Ou, selon les nouvelles traductions, et plus proches du texte italien original, PAR les créatures. Et là, tout comme dans le cantique biblique des trois enfants (Daniel 3), c'est Dieu qui est au centre, tous les regards sont tournés vers Lui, même celui des éléments ! (Petit oubli de François : pas de mention du règne animal, pourtant objet de grands soin et délicatesse de la part de notre saint!).

Mentionnons aussi cette notion de fraternité. Pas seulement, comme dirait Hubert Reeves, scientifique canadien, parce que 'nous sommes faits des mêmes atomes'. Mais plutôt parce que, avec la première page de la Genèse, François nous dit que nous sommes tous le fruit de la bonté d'un même Père. Ce n'est donc pas la nature qui loue Dieu, mais bien la Création qui rend grâce à son Créateur ! Il serait donc normal d'en prendre soin, d'entretenir les liens originaux qui nous lient, sans doute bien plus que nous ne le faisons aujourd'hui …




Jeudi 3

« N'ayons pas d'autre désir, d'autre volonté, d'autre plaisir et d'autre joie que notre Créateur, Rédempteur et Sauveur, le seul vrai Dieu. (…). Ainsi donc, que plus rien ne nous arrête, rien, absolument rien : plus de séparation, plus d'écran. Partout, en tout lieu, à toute heure, en tout temps, chaque jour et continuellement, croyons vraiment et humblement, gardons dans notre cœur, aimons, honorons, adorons, servons, louons et bénissons, glorifions et exaltons par-dessus tout, magnifions et rendons grâces au Très Haut et souverain Dieu éternel, Trinité et unité, Père, Fils et Saint Esprit, Créateur de toutes choses, sauveur de tous ceux qui ont mis en lui leur foi, leur espérance, et leur amour. » (1ère Règle 23, 9 . 10-11)


Dieu n'a plus d 'espace « réservé » dans un petit créneau hebdomadaire de 45 mn top chrono ! Il demande d'envahir tout, il veut tout habiter, mon espace, mon temps, ma personne, mes relations, ma vie. Il veut faire en moi sa demeure. Pour que tout déborde de son amour. C'est la seule chose qu'Il sache faire, ce Dieu Trinité : nous aimer pour nous apprendre à aimer. Cela devrait être notre joie, et même notre plaisir ! Le démon veut certes nous mettre des bâtons dans les roues, « étouffer dans la mémoire de l'homme la parole du Seigneur, aveugler par les affaires et les soucis du monde le cœur de l'homme » (1ère Règle 22, 20) et il est très doué à ce jeu. La seule chose qui nous incombe : toujours revenir au Seigneur, pendant un trajet, en faisant la cuisine ou la vaisselle, avant et après une rencontre, bref, à tout moment … Et Lui fait le reste. Et n'oublions pas non plus : saint François, sainte Claire, la Vierge Marie et tous les saints nous sont aussi donnés, pas seulement le temps d'une neuvaine mais pour chaque instant, pour que nous ne soyons pas tout seuls sur ce chemin de foi et de vie !