Neuvaine de préparation à la fête de sainte Claire 2013

Les cinq sens

Introduction

Notre vie chrétienne n'est pas déconnectée de tout le reste. Nous sommes des êtres de chair et d'os, et donc c'est aussi avec notre être tout entier que nous sommes appelés à vivre notre vie avec le Seigneur.

Aujourd'hui, notre corps peut se laisser malmener : nos yeux zappent d'image en image et toujours plus vite, nos oreilles entendent beaucoup de bruit, nous mangeons trop quand d'autres ne mangent rien, le moindre geste de tendresse devient tout de suite suspect, notre nez respire tant d'air pollué de toutes sortes d'éléments toxiques ...

C'est avec tout son être que Claire va à la rencontre du Seigneur, lui qui s'est incarné, qui a pris notre chair. Elle nous invite à prendre conscience de tout ce que nos sens peuvent nous apporter pour vivre en relation avec les autres, avec le monde qui nous entoure et aussi avec le Seigneur.


La vue

Vendredi 2 août

« Et nous, nous témoignons, pour l'avoir contemplé, que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde. Quiconque confesse que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui et lui en Dieu. Et nous, nous connaissons, pour y avoir cru, l 'amour que Dieu manifeste au milieu de nous. Dieu est amour : qui demeure dans l 'amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui. » (1 Jn 4, 14-16)

« Pose ton esprit sur le miroir de l'éternité, laisse ton âme baigner dans la splendeur de la Gloire, unis-toi de cœur à celui qui est l'incarnation de l'essence divine, et grâce à cette contemplation, transforme-toi tout entière à l'image de sa divinité. » (3è lettre de sainte Claire à Agnès de Prague, 12-13)

Pour sainte Claire, regarder le Christ, ça ne se fait pas en trois minutes. Il ne s'agit pas de jeter un œil, mais bien de prendre le temps, de fixer son regard longuement sur le Seigneur. Il ne nous est pas demandé (même aux Clarisses!!!) de rester toute la journée à la chapelle les mains jointes ! Mais pendant ce temps que nous lui donnons, essayons de ne pas nous laisser distraire par toutes sortes d'images, et si elles arrivent sans prévenir. revenons toujours au Seigneur, concrètement, consciemment ! Le résultat se verra peu à peu : nous serons transformés en ce que nous aurons contemplé. Nous nous laissons imprégner de pub et autres images attrayantespourquoi ne nous laisserions-nous pas imbiber de cette Parole que nous aurons lue, de la vie de Dieu à lœuvre dans notre vie ?


Samedi 3

«Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé du Verbe de vie – car la vie s'est manifestée, et nous avons vu, et nous rendons témoignage et nous vous annonçons la vie éternelle qui était tournée vers le Père et s'est manifestée à nous – ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons à vous aussi afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous, pour que notre joie soit complète. » (1 Jn 1, 1-4)

« Ce n'est pas seulement pour les autres que Dieu nous a destinées à être des miroirs, mais aussi pour chacune de nos sœurs afin qu'elles soient à leur tour des modèles et des miroirs. (Nous avons à) laisser voir en nous ce qui peut servir aux autres de modèle et d'exemple. » (Testament de sainte Claire 6).

Comprenons bien ce que nous indique Claire : il ne s'agit pas de se faire voir parce que nous serions meilleurs que les autres – le Seigneur lui-même met en garde ceux qui voudraient se mettre aux premiers rangs à la vue de tous ! Mais en nous laissant imprégner de l'image du Christ que nous aurons contemplé, peu à peu nous deviendrons comme lui. C'est ce visage qu'il nous faut refléter aux autres, ce visage de bonté et de tendresse. En voyant cela, sachant que nous sommes des êtres fragiles et faibles comme tout être humain, d'autres se poseront des questions : qu'est-ce qui l'habite ? Pourquoi vit-il (elle) ainsi ? Qui le (la) conduit ? Et qui sait ? Peut-être cela deviendra-t-il un chemin de foi vers le Christ ? Et nous, en voyant les merveilles que le Seigneur fait dans l'autre, nous poserons un pas de plus que le chemin de la foi. C'est ainsi que nous devenons miroir les uns pour les autres !

Le toucher

Dimanche 4

« C'est moi qui avais appris à marcher à Ephraïm, les prenant par les bras, mais ils n'ont pas reconnu que je prenais soin d'eux. Je les menais avec des attaches humaines, avec des liens d'amour, j'étais pour eux comme ceux qui soulèvent un nourrisson contre leur joue et je leur tendais de quoi se nourrir. » (Osée 11, 3-4)

« Parmi les marques d'attention de la bienheureuse Claire : elle versait elle-même l'eau sur les mains des sœurs ; la nuit, elle les couvrait pour qu'elles n'aient pas froid. » (Procès de canonisation, témoin §3, sœur Benvenuta)

Claire n'a pas peur de toucher ses sœurs. Mais déjà à l'époque, cela peut s'avérer suspect, et certains épisodes de sa vie ne sont pas reportés dans la biographie officielle (comme lorsqu'elle s'allonge sur une sœur pour la guérir d'un rhumatisme!). Mais un toucher chaste (pour employer un mot très démodé!) c'est-à-dire sans désir de possession, est un acte qui peut témoigner de la délicatesse, de la tendresse. Contemplons le Seigneur (combien de miracles de Jésus le font toucher les gens!) montrant sa tendresse pour ajuster nous-mêmes nos gestes : qu'ils deviennent des signes de la tendresse du Seigneur pour chacun de nous.

Lundi 5

« Comme Jésus descendait de la montagne, de grandes foules le suivirent. Voici qu'un lépreux s 'approcha, et prosterné devant lui, disait : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier. » Jésus étendit la main, le toucha et dit : « Je le veux, sois purifié. » A l'instant, il fut purifié de sa lèpre. » (Mt 8, 1-3)

« Sœur Aimée dit encore qu'elle avait elle-même souffert d'une grave hydropisie avec fièvre, toux et douleur au côté, et que sainte Claire lui ayant fait avec la main le signe de la croix, elle avait été guérie aussitôt. On lui demanda quelle formule madame Claire avait utilisée ; elle répondit que, lui ayant imposé la main, la sainte Mère avait prié Dieu de la guérir de cette maladie si cela était mieux pour son âme ; et sur le champ, elle avait été guérie. » (Procès de canonisation, témoin §7, sœur Aimée)

Jésus fait beaucoup de miracles dans l'Evangile. Claire aussi guérit beaucoup de sœurs mais aussi de personnes qui viennent au monastère. Par le toucher, le corps est pris en compte, car nous sommes des êtres incarnés, de chair et d'os. Le toucher devient vite suspect, mais en même temps, nous ne prenons plus conscience de ce que nous touchons. Claire prie avant de toucher, elle se concentre pour donner toute sa plénitude au geste qu'elle va poser. Prenons le temps, surtout en été, de marcher dans le sable, sur l'herbe, de se laisser caresser par le vent, le soleil, la pluie peut-être ! Dieu s'est fait chair, nous avons besoin de notre chair pour nous laisser toucher par lui !

Le goût

Mardi 6

« Elie se leva et partit pour sauver sa vie. Il s'en alla au désert , il s'assit sous un genêt isolé. Il demanda la mort et dit : « Je n'en peux plus ! Maintenant Seigneur ; prends ma vie car je ne vaux pas mieux que mes pères. » Puis il se coucha et s'endormit sous le genêt. Mais voici qu'un ange le touche et lui dit : « Lève-toi et mange ! » Il regarda : à son chevet il y avait une galette cuite sur des pierres chauffées et une cruche d'eau ; il mangea, il but, puis se recoucha. L'ange du Seigneur revint, le toucha et dit : « Lève-toi et mange car autrement le chemin serait trop long pour toi. » Elie se leva, il mangea et but, puis fortifié par cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu'à la montagne de Dieu. » (1Rois 19 3-8)

« Cependant, nous n'avons pas un corps d'acier ni une solidité de granit ; nous sommes faibles et sujettes aux infirmités de la nature. Aussi je te demande, sœur bien-aimée, de modérer avec sagesse et discernement, la rigueur exagérée de ton abstinence dont j'ai eu des échos. Et je te demande dans le Seigneur de vivre pour le louer, et de toujours assaisonner ton sacrifice du sel de la sagesse. » (3è lettre de sainte Claire à Agnès de Prague 38-41)

A l'époque de Claire, dans l'Eglise, et encore plus dans la vie religieuse, on accordait une très grande importance à la privation des aliments. Et Claire comme Agnès ont sans doute exagéré dans leur rigueur du jeûne. Mais Claire sait aussi conseiller avec sa sagesse sa sœur !

En notre temps, ce n'est certainement pas ce qui nous menace … ! Mais il est évident que le sens du goût est un sens à éduquer, pour ne tomber dans aucun excès. Il permet de discerner ce qui est bon, d'éprouver du plaisir devant le bon, le beau, le bien. On dit d'ailleurs de personnes qu'elles ont du goût, qu'elles ont bon goût … Et quelqu'un qui a de la sagesse (sapientia en latin) c'est quelqu'un qui sait goûter, savourer (sapere, même racine latine!) ce qui est bon ! Il s'agit donc, comme souvent, comme toujours, de trouver un équilibre, ou du moins de s'en approcher toujours plus ! Manger moins, sans doute, peut-être, mais dans un but unique, qui est le meilleur : vivre pour louer le Seigneur !

Mercredi 7

« Voici ce que moi j'ai reçu du Seigneur, et ce que je vous ai transmis : le Seigneur Jésus, dans la nuit où il fut livré, prit du pain, et après avoir rendu grâce, il le rompit et dit : « Ceci est mon corps qui est pour vous, faites cela en mémoire de moi. » Il fit de même pour la coupe après le repas en disant : « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang ; faites cela, toutes les fois que vous y boirez, en mémoire de moi. » (1Co 11, 23-25)

« Grâce à la contemplation du Christ, transforme-toi tout entière à l'image de sa divinité. Tu arriveras ainsi à ressentir ce que seuls perçoivent ses amis ; tu goûteras la douceur cachée que Dieu lui-même a, dès le commencement, réservée à ceux qui l'aiment. » (3è lettre de sainte Claire à Agnès de Prague 14)

Par son Eucharistie, Jésus ne laisse pas seulement son Corps à voir, mais bien aussi à manger ! Par il veut nous nourrir. Pas au sens propre seulement, mais aussi il nous nourrit par toute sa vie donnée. C'est quelque chose qui ne saute pas forcément aux yeux, c'est selon les mots de Claire, une « douceur cachée ». Par la foi, tout comme les apôtres, nous devons faire un saut énorme : ce que nous mangeons, ce n'est pas seulement un morceau de pain, c'est bien le Christ lui-même. Prenons bien le temps de nous imprégner de cela lorsque nous recevons son Corps. En se donnant à nous, il fait de nous ses amis. Prenons le temps de savourer, de nous délecter de cette Bonne Nouvelle !

L'odorat

Le langage de l'odorat pour parler de la vie spirituelle est un langage dans lequel peut-être nous n'entrons pas spontanément … Dans notre société bien sûr le parfum est utilisé, mais parfois c'est pour cacher une autre odeur qui nous semble désagréable, ou pour séduire … Ici, d'un côté, la bonne odeur du Christ, c'est-à-dire sa vie bonne, nous entraîne, nous séduit d'une certaine manière, et de l'autre côté, nous aussi nous devons attirer par notre bonne odeur, notre vie ressemblant le plus possible à celle du Christ. Claire nous entraîne sur ce chemin. Elle nous a déjà parlé de miroir, et ici c'est la même démarche : il s'agit de regarder ou de suivre le Christ pour pouvoir le montrer, le faire découvrir ensuite, une démarche de réciprocité et d'exemple. Alors au travail ! Et dans cette démarche, le chômage ne nous menacera jamais !

Jeudi 8

« Imitez Dieu, puisque vous êtes des enfants qu'il aime ; vivez dans l'amour, comme le Christ nous a aimés et s'est livré à Dieu pour nous, en offrande et victime, comme un parfum d'agréable odeur. (Ephésiens 5, 1-2)

« Contemple encore l'indicible bonheur, les richesses et les honneurs sans fin que (procure l'amour du Seigneur pour toi) et tu lui crieras de toute l'ardeur de ton désir et de ton amour : « Prends-moi avec toi, mon époux céleste, je te poursuis sur la trace de tes parfums. » (4è lettre de sainte Claire à Agnès de Prague 28-30)

Vendredi 9

«Grâces soient rendues à Dieu qui, dans le Christ, nous emmène sans cesse dans son triomphe et qui, par nous, répand en tous lieux le parfum de sa connaissance. Car nous sommes bien, pour Dieu, la bonne odeur du Christ parmi ceux qui se sauvent et ceux qui se perdent ; pour les uns, une odeur qui de la mort conduit à la mort ; pour les autres, une odeur qui de la vie conduit à la vie. » (2Corinthiens 2, 14-16)

« Ces vertus (que sont la sainte simplicité, l'humilité et la pauvreté), sans qu'il y ait mérite de notre part mais par la seule miséricorde et grâce de celui qui qui en est lauteur, le Père des miséricordes, doivent répandre partout le parfum de notre bonne réputation, aussi bien pour ceux qui sont au loin que pour ceux qui nous entourent. » (Testament de sainte Claire 17)

L'ouïe

Samedi 10

« Le Seigneur dit à Elie : « Sors et tiens-toi sur la montagne, voici que le Seigneur va passer. » Il y eut devant le Seigneur un vent fort et puissant qui érodait les montagnes et fracassait les rochers ; le Seigneur n'était pas dans le vent. Après le vent, il y eut un tremblement de terre ; le Seigneur n'était pas dans le tremblement de terre. Après le tremblement de terre, il y eut un feu ; le Seigneur n'était pas dans le feu. Et après le feu, le bruissement d'un silence ténu. Alors en l'entendant, Elie se voilà le visage avec son manteau ; il sortit et se tint à l'entrée de la caverne. » (1er livre des Rois 19, 11-13)

« Notre peine ici-bas n'a qu'un temps, mais la récompense est éternelle ; ne te laisse pas séduire par les splendeurs d'un monde qui fuit comme l'ombre. Ne te laisse pas prendre aux apparences d'un siècle trompeur ; bouche tes oreilles à tout ce que l'enfer viendra te murmurer, oppose à ses efforts une résistance énergique. » (Lettre de sainte Claire à Ermentrude de Bruges 5-6)

La voix du Seigneur n'est que très rarement tonitruante ! Et pour l'entendre dans ce fin silence qui vient à Elie, il faut parfois savoir et surtout vouloir se boucher les oreilles pour ne pas se laisser séduire par les ouragans très à la mode et sans doute plus faciles à percevoir et à suivre … Et Claire encourage Ermentrude à cet effort car elle sait bien que même dans un couvent, on n'est pas à l'abri de toutes les voix séductrices ! Car la petite voix qui murmure parfois de la façon la plus attrayante est en fait au-dedans de chacun de nous ! Autant on peut fermer ses yeux, autant il faut les mains pour boucher les oreilles ! N'hésitons pas à demander au Seigneur d'être ces mains pour que nos oreilles, du corps mais aussi du cœur, entendent sa voix, prennent goût à l'écouter, pour suivre le chemin, la vérité et la vie qu'il est lui-même.

Conclusion

Dimanche 11

«Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie, ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons à vous aussi afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous, pour que notre joie soit complète. » (1 Jn 1, 1-4)

«Heureuse celle qui est accordée l'intimité du banquet divin ! Heureuse si elle aime de tout son cœur Celui dont la beauté fait l'admiration des anges pour l'éternité, Celui dont l'amour rend plus heureux et la contemplation plus fort, Celui qui nous comble de sa bonté, qui nous imprègne de sa douceur, et dont le souvenir est si lumineux et si doux à notre âme, celui dont le parfum fait revivre les morts et dont la vision comble de joie les habitants de la Jérusalem céleste, puisqu'il est la splendeur de la gloire éternelle, l'éclat de la lumière sans fin et le miroir sans tache. » (4è lettre de sainte Claire à Agnès de Prague 9-14)

Au cours de cette neuvaine, Claire nous a entraînés à suivre le Christ avec notre corps, notre cœur, notre esprit. Dieu s'est incarné, et pour marcher avec lui, pas d'autre moyen que de mettre tout notre être à contribution ! S'il s'agit bien de notre vie spirituelle, Claire ne cesse de nous dire que ce n'est pas pour autant un chemin déconnecté du réel, de la réalité physique aussi qu'est notre corps. Une réalité que Claire nous montre belle et bonne (elle connaissait le récit de la Genèse : et Dieu vit que cela était bon …) ! Que Dieu se soit fait chair, nous le savons, c'est une pierre d'achoppement pour beaucoup, surtout quand on a bien conscience de la faiblesse de cette chair ! Mais pourtant, quelle bonne nouvelle ! Toute notre vie est concernée par la vie à la suite du Christ : pas besoin de laisser de côté tout ce qui fait notre quotidien pour être chrétien. C'est une question de bonne orientation : comme l'évangile le dit de la richesse matérielle (Luc 12, 21), le souci arrive à celui qui agit « pour lui-même au lieu d'être riche en vue de Dieu ».

Laissons-nous donc regarder tout entier sans crainte par le Christ. Et nous, de notre côté, nous pouvons laisser notre être tout entier regarder, écouter, goûter, savourer, sentir, toucher … (quelqu'une a dit que Claire était une « vittozienne » avant l'heure!!!). C'est aussi de cette manière que toute notre vie deviendra petit à petit Eucharistie. Et avec Claire, nous pourrons dire, de tout notre être, sans en supprimer un morceau : « Béni sois-tu Seigneur de m'avoir créée ! »

Belle Fête de Sainte Claire

Vos soeurs Clarisses de Mur de Barrez