Monastère Sainte Claire de Mur de Barrez

Homélie de la Sainte François

4 octobre 2011


Depuis quelques années le pauvre d’Assise est revenu en force sur le devant de la scène. Idéal de pauvreté pour vivre la sagesse et la justice comme l’a écrit Eloi LECLERC, quelques grands films à succès ou plus encore prise de conscience de l’état de la planète qui a amené en en faire le patron de l’écologie, tant de raisons et probablement bien d’autres font que François est un modèle pour une foule d’admirateurs qui compte aussi bien des chrétiens que des musulmans, des croyants que des athées. Pourquoi un tel rayonnement alors que l’on trouve parmi les grandes figures de l’Eglise des parcours plus proches de la perfection en ce qui concerne la profondeur mystique ou le raisonnement théologique ?

François n’est ni un exemple de piété classique, ni un autoritaire annonciateur d’horizons réformés. Mais il est un rebelle qui se nourrit de la simplicité et du radicalisme de l’Evangile. D’un côté, il rejette le principe hiérarchique, contourne le cléricalisme et agace la papauté, de l’autre, il refuse toute opposition frontale et ne conçoit son aventure qu’au sein de l’Eglise.

Serait-ce alors sa personnalité qui fait la différence, sa capacité à poser des gestes d’une singulière puissance symbolique ?

Ses vêtements jetés aux pieds de son père, le baiser au lépreux, le sermon aux oiseaux… Ces épisodes, pour ne citer que ceux-ci, contribuent certes à le rendre hors du commun. Mais suffisent-ils pour autant à lui faire traverser les siècles et les océans ? Pas sans une vigoureuse intuition que Joseph DELTEIL, dans un livre de 1960 définit ainsi : « Le Tiers Ordre fut la pensée la plus profonde de St François…Il ne s’agit rien de moins que de rassembler toute la chrétienté en un seul ordre, que de faire de la terre entière un vaste monastère. Tous chrétiens – par degrés ! Tous moines – peu ou prou ! »

La voici donc la voie du succès à donner au christianisme un souffle nouveau en puisant à l’origine même du message. La voici donc, la joie parfaite, dans sa simplicité évangélique. Une joie contagieuse qui donne corps à l’une des plus belles réalisations humaines à la suite de Jésus : la fraternité.

Frère François : chemin de vérité et de dépouillement, toute place est désormais laissée à la mise en œuvre de notre vocation commune d’enfant de Dieu, vivre de l’amour, vivre dans l’Amour.

« Fraternité universelle, écrit encore l’auteur cité à l’instant, jusqu’au brin d’herbe et jusqu’à l’étoile. »

Le seul titre de gloire de cette fraternité : c’est la croix de notre Seigneur affirme St Paul, signe de la création nouvelle en menant le combat qui consiste à lutter contre l’orgueil de croire que l’on puisse être sauvé par ses seules forces, alors que le Christ, justement, est venu nous libérer de cette illusion.

Ainsi en est-il de l’appel accueilli par François de reconstruire son l’Eglise. Nous le savons bien à présent, cela ne concernait pas uniquement les quelques pierres de la Portioncule, mais c’était beaucoup plus. Alors François se lance : d’abord œuvre de Dieu, œuvre d’une communauté fraternelle, œuvre jamais achevé depuis que le Christ a donné à des hommes cette mission au service de la Bonne Nouvelle. Une mission qui se poursuit aujourd’hui et qui a pris un nouvel essor depuis le concile Vatican II dans lequel nous allons nous replonger ensemble durant quelques jours.

Nous voici donc dans l’émerveillement devant la bienveillance du Père qui révèle aux tout-petits, aux humbles, aux faméliques d’amour le message de Jésus, l’annonce du Royaume de Dieu. Une annonce en paroles et en actes. Bienveillance du Père qui exprime son lien privilégié avec son fils et qui vaut plus largement pour chaque disciple. La filiation divine s’étend bien jusqu’aux tout-petits et c’est une joie pour Jésus d’en être le témoin.

Pourtant ne nous arrive-t-il pas de penser que la charge est trop lourde pour nous ? Ne sommes-nous pas découragés devant la situation actuelle de nos communautés et de l’avenir qui s’ouvre à elles ? Le mot « joug » de l’Evangile évoque le fait de joindre deux objets ensemble. D’où le terme concret utilisé pour des animaux. C’est ainsi qu’ils pourront avancer dans la même direction sans s’écarter l’un de l’autre. Jésus porte avec nous, Jésus avance avec nous et comme toujours il propose, il invite : la vie qu’il veut nous partager n’est pas un fardeau écrasant, mais sa parole d’amour et sa présence à nos côtés qui sont propres à décupler les forces, si nous comptons sur lui, si notre seule richesse c’est l’Evangile. Cette révélation est loin d’une connaissance cérébrale, elle ne s’impose pas, n’oblige pas, ne contraint en rien, mais elle touche ceux qui ne sont pas barricadés dans leurs connaissances ou dans leur pouvoir, elle est faite pour une communauté fraternelle ouverte à la vie et capable de s’en émerveiller en toute circonstance.

Après nous avoir longtemps imposé le ‘vous’ du respect mais aussi de la distance, l’Eglise nous a vivement recommandé le ‘tu’ de la familiarité affectueuse et de la proximité dans nos relations à Dieu. Certes il peut y avoir des ‘vous’ méprisants et des ‘tu’ irrespectueux. Mais alors c’est le cœur qui est mauvais et qui défigure la relation. Il n’y a aucun mépris distant à chanter mon Dieu tu es grand, mais bien un respect affectueux pour le Très-Haut qui s’est fait le Très-Bas en Jésus-Christ.

Nous sommes, par l’Esprit, dans le Christ, comme Saint François et tant d’autres, les familiers de Dieu (les tutoyeurs de Dieu). Que ce soit, aujourd’hui, notre joie d’en prendre conscience et de célébrer, humblement en famille, cette fraternité qui nous lie tous ensemble en Dieu pour l’annonce du Royaume dans le monde et les circonstances de ce temps.

Père Didier Granjou

S François d’Assise à Mur de Barrez (04/10/11) - Si. 50, 1. 3-7- Gal. 6, 14-18 - Mat. 11, 25-30



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