Homélie du Père André PONS

pour la fête de Saint François 4 Octobre 2009 à Mur-de-Barrez

 

  La communauté des sœurs clarisses de Mur-de-Barrez m’a invité à célébrer avec elle le 8° centenaire de la fondation des frères mineurs en la fête de Saint  François, le pauvre d’Assise ; avec elle, et avec la paroisse de Notre Dame en Barrez, je les en remercie, tout comme leur aumônier, le Père Boutary, et monsieur le Curé, le Père Tourolle.

     Nous avons entendu, dans la 1° lecture, l’éloge quelque peu lyrique du grand prêtre Simon, au 3° siècle avant notre ère : il resplendissait comme « l’étoile du matin », comme « le soleil à son zénith », dans le Temple de Jérusalem, qu’il avait restauré et embelli. N’en fut-il pas de même pour Saint François qui eut le privilège d’entendre le crucifix de San Damiano - Saint Damien – lui dire : « Va, François, et répare ma maison qui tombe en ruine. » , qui eut le génie audacieux de restaurer le Temple spirituel, la communauté des baptisés, l’Eglise, en dépit de si nombreuses difficultés : tout d’abord son milieu familial , représentatif de la bourgeoisie montante pour qui l’argent était la principale valeur ; les relations déshumanisées s’établissant dans les centres urbains ; les milieux intellectuels pour lesquels ce va-nu-pieds n’avait rien d’un théologien de haut vol ; la hiérarchie ecclésiale politisée , dominatrice et fastueuse, qui le soupçonnait de vouloir rompre avec elle. Il faut ajouter que François ressentait douloureusement les horreurs des croisades menées au nom de Dieu.

     Beaucoup refusent son retour vigoureux à la simplicité évangélique ; ce héraut de la pauvreté, de la liberté, de la fraternité universelle, de l’amour de la vie sous toutes ses formes, est globalement incompris.

     Dans la basilique supérieure de Saint François, à Assise, on peut admirer le songe du Pape Innocent III peint par Giotto. Le Pape voit sa basilique du Latran sur le point de s’écrouler ; catastrophe évitée par Saint François qui la soutient avec une force surhumaine, accordée par Dieu.

     Si François se consacra effectivement à la restauration de petites églises en ruines à la périphérie d’Assise, rejoint par quelques compagnons dont il fut l’animateur – la « fraternité des Pénitents d’Assise » - il revenait de loin, celui qui avait été le chef d’une confrérie de joyeux fêtards ! – C’est qu’entre-temps, il avait eu l’intuition, la révélation, l’appel, la vocation de restaurer, de rénover, de consolider, d’embellir l’édifice spirituel dont le Christ Jésus est la clé de voûte : l’Eglise. Il avait pris conscience que Dieu lui demandait de servir, d’épouser « Dame Pauvreté », d’accomplir des prouesses, non sur les champs de bataille, mais au service du Christ, dont le visage lui était révélé chez les déshérités.

     En 1212, Claire, Chiara, jeune fille issue d’un lignage aristocratique d’Assise, impressionnée par la prédication, et plus encore par l’exemple de François, s’enfuit de chez elle pour le rejoindre, suivie bientôt par des parentes et amies qui élurent domicile dans le petit couvent de San Damiano.

     Vivre l’Evangile à la lettre, être témoin de l’amour de Dieu au sein d’un monde aveugle, insensé, blasé ou indifférent – vrai au 13° siècle, vrai au 21° siècle – Le Pape Benoît XVI vient de le rappeler aux prêtres en cette année sacerdotale - , voilà qui n’avait rien / qui n’a rien , apparemment, d’original. Mais François, ses compagnons, ses compagnes, savaient – et savent – qu’il est toujours nouveau de se mettre à l’école  du Christ, toujours enthousiasmant de mettre ses pas dans les siens, toujours gratifiant de se faire témoin de la Bonne Nouvelle, du « Beau Message ».

     Derrière cette brève évocation, j’espère que nous nous sentons tous concernés par ce chantier de restauration, de rénovation, d’embellissement de la Maison de Dieu, de l’Eglise – je ne parle pas que du bâtiment – Chacun de nous n’est-il pas, à son niveau, une pierre vivante ? Rendons-la, cette demeure, attirante, lumineuse, accueillante. Dépoussiérons-la, ouvrons-la à l’Esprit de Dieu , source d’une vie nouvelle.

     Cette invitation à la restauration – ou à la conversion en termes plus théologiques – s’adresse d’abord à celui qui vous parle, à nos amies clarisses dont le rayonnement dépasse largement les limites de l’Aveyron, comme à toute la communauté paroissiale qui ouvre aujourd’hui sa nouvelle année pastorale. Le Ministre général des Franciscains – Ministre signifie « serviteur » - disait au mois de Février dernier : «  pas trop peu de chrétiens, mais trop peu chrétiens ». Comment ne pas se sentir concernés dans nos paroisses ?

     Frères et sœurs, soyons des architectes, des maçons courageux, du renouvellement de nos communautés, nous souvenant toujours que « si le Seigneur ne bâtit la maison, c’est en vain que peinent les maçons. »

     Soyons comme Saint François, comme Saint Paul avant lui, des ouvriers inspirés, actifs, joyeux, dont la seule fierté n’est autre que la Croix du Christ ! Je n’envoie personne en croisade, rassurez-vous ! En soi, la Croix est une horreur, une épouvante -  Les premières générations chrétiennes n’ont pas osé la représenter jusqu’au 4° siècle – Saint Paul, Saint François, Sainte Claire, ont compris que l’arbre de la mort est devenu l’arbre de la Vie. N’est-ce pas un crucifié – le bon larron – qui entend : « aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis » ?

     Gardons précieusement dans notre vie chrétienne notre prière, nos engagements, nos missions pastorales, l’invitation de Jésus : «  Venez à Moi, devenez mes disciples, je suis doux et humble de cœur. » La douceur de Jésus n’a rien d’un comportement mièvre, infantile ; c’est une qualité du regard, un supplément d’attention aux autres. Soyons, restons des sœurs ou frères « mineurs », à l’esprit d’enfance. Bernanos a écrit : « Quand j’entrerai chez Dieu, c’est l’enfant que je fus qui me prendra par la main. » Merci, mes sœurs, d’en rendre témoignage !     

 

 

 Les soeurs Clarisses – Monastère Sainte Claire – 12600 Mur de Barrez - www.steclairemur.org